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Bonjour,
Ci-dessous, une retranscription d'une petite histoire qui en dit long sur la difficulté de juger un évènement qui nous arrive dans la vie...
Bonne lecture !
Antoine.
L'histoire se passe au Tibet. Un paysan possède avec son fils, un petit lopin de terre et un boeuf qui assurent leur subsistance. Une mauvaise récolte et c'est la famine, c'est dire si leur vie ne tient qu'à ces maigres possessions.
Un matin, la paysan découvre avec effroi que l'enclos où se trouvait son boeuf est vide. Affolé, il court au village annoncer la nouvelle. Les villageois lui conseillent d'aller consulter le vieux sage dans la montagne. Cet ermite, un peu fou quand même selon les gens, vit dans une grotte.
Le paysan lui expose son problème en lui laissant entendre que c'était la fin pour son fils et lui.
- Mon unique boeuf a disparu, c'est terrible !
- Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? lui répondit l'ermite avec une moue évasive.
- Mais, qu'est-ce que cela veut dire ? Vous vous moquez de moi ?
Le vieux sage resta muet, fixant simplement son interlocuteur dans les yeux d'un regard pénétrant comme s'il pouvait voir à travers lui.
Le paysan repartit de la grotte fou de rage, pestant contre ce vieux fou mais pas trop car ce dernier était craint et respecté.
De retour à l'enclos, quelle ne fut pas sa surprise d'y trouver deux beaux chevaux qui avaient sauté la barrière pour pénétrer dans l'enceinte et n'en étaient pas ressortis. Aussitôt, il les attacha aux barrières le temps de surélever ces dernières. Quelle aubaine ! Les travaux du champ iront deux fois plus vite !
Fou de joie, il courut annoncer la nouvelle au vieux sage. Celui-ci n'avait pas bougé, assis en tailleur sur sa natte, en pleine contemplation.
- Vous aviez raison ! Ce n'était pas grave, je possède maintenant deux superbes chevaux, le travail va être beaucoup plus facile, maintenant !
- Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? lui répondit calmement l'ermite.
Le paysan lui jeta un regard dubitatif puis s'en alla en se disant que, décidément, ce vieux fou ne comprenait rien.
Sur le chemin du retour, il vit son voisin accourir vers lui en gesticulant. Il s'était passé quelque chose.
- Vite ! Dépêche-toi ! Ton fils est monté sur un des chevaux qui, d'une ruade, l'a envoyé valser dans les airs ! Il a la jambe cassée !
Terrible nouvelle. En rentrant chez lui, il vit effectivement son grand garçon allongé sur son lit, la jambe prise dans une attelle. A son chevet, le médecin ordonna deux mois d'inactivité complète. Le drame ! Comment allait-il s'en sortir seul au travail ? C'était possible, mais le travail serait harassant !
Dépité, il s'en alla retrouver le vieux sage pour lui dire que ce dernier avait raison et lui conter sa mésaventure. La réponse de l'ermite fut une nouvelle fois :
- Est-ce un bien ? Est-ce un mal ?
Le paysan ne comprenait plus rien. Il essaya de réfléchir sur le chemin du retour, mais ça lui devenait très pénible. Alors qu'il approchait de sa maison, il vit qu'un attroupement s'y était formé. Il s'approcha. La guerre contre les envahisseurs chinois venait d'être déclarée et tous les jeunes hommes valides étaient réquisitionnés par le sergent recruteur qui était présent. Ce dernier ne put que constater l'invalidité du jeune homme étendu sur son lit qui, sous couvert du médecin, fut déclaré inapte à partir au champ de bataille. Champ de bataille où, quelques jours plus tard, tous les jeunes hommes réquisitionnés trouvèrent la mort.
Le paysan s'en retourna alors trouver le vieil ermite et, les larmes aux yeux, se prosterna devant lui. Aucune question, aucune plainte.
- J'ai compris, fit-il simplement.
Le vieux sage le regarda faire demi-tour et quitter la grotte, un sourire mystérieux sur son visage radieux.
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